Depuis le début des années 2000, la jeunesse connaît de profondes mutations. Nombre d’enseignants et éducateurs se montrent maintenant perplexes sinon désemparés. Face à ces bouleversements et pour répondre à la demande de plus en plus pressante des familles, l’accompagnement scolaire prend une place primordiale. Aussi renouveler l’offre pédagogique et éducative des établissements semble aujourd’hui devenir incontournable, en intégrant cet accompagnement au cœur de leur démarche : on ne peut plus en faire l’économie. C’est la direction prise par le projet ici présenté : traverser la vie de l’établissement par le souci très concret d’une collaboration à tous les niveaux (enseignants, élèves, éducateurs, parents) en vue de la résolution des difficultés et des progrès de chacun des jeunes.
Le dispositif d’accompagnement des élèves proposé ici, qui a été validé en libéral puis en institution, est particulièrement adapté aux âges critiques de l’adolescence que représentent les niveaux de Quatrième, Troisième et Seconde, à l’articulation du collège et du lycée. Il s’appuie sur les données aujourd’hui connues de l’accompagnement des élèves et du concept d’aide, et surtout prend en compte les élèves tels qu’ils sont à notre époque. Il propose le cadre et les outils pour que les élèves puissent donner le meilleur d’eux-mêmes.
Émerge aujourd’hui cette mission de l’accompagnement. Contrairement à une idée courante, il s’agit bien d’un domaine de compétence, qui ne s’improvise pas. Il dépasse, et de loin, la simple “aide aux devoirs”. Il représente même un “nouveau métier”, qui vient en proximité de ceux des enseignants et des éducateurs.
Une telle démarche se doit d’être soigneusement coordonnée. En effet, introduire ces “processus de l’accompagnement” invite à opérer un certain nombre de changements dans son établissement, dont les deux plus emblématiques sont d’une part la prise en compte de son public (ses élèves) et d’autre part l’évaluation de ses actions dans l’objectif de l’efficacité. Cela invite aussi à gérer des risques corollaires : se heurter à l’indifférence, voire l’opposition, de cadres intermédiaires ; à la prudence de certains enseignants sur la question de la valeur ajoutée à leur propres cours, alors que justement c’est sur cette question de la valeur ajoutée qu’il faut porter nos efforts ; enfin utiliser des approches encore peu prisées dans nos mentalités et propres à heurter les paradigmes de certains : la personnalisation ou la collaboration — or n’oublions pas les directives du Socle commun, les propositions des Assises, l’orientation personnaliste de la recherche ou des associations de parents d’élèves.
En tous cas, il est temps, grand temps, de sortir du fixisme. Les institutions ont en particulier le plus grand intérêt à se réapproprier et refonder le temps hors enseignement, en revalorisant auprès des élèves le noble concept de “l’étude” : les retombées en sont trop riches, tant en interne qu’en image de marque auprès des familles, selon leurs attentes en terme d’accom-pagnement spécifique de leur enfant. La perspective de ce projet professionnel est de mettre en place sur le terrain un dispositif transversal, impulsé par le Chef d’établissement, porteur d’une “vision” et du souhait d’un autre regard sur les jeunes, dont le maître-mot soit l’efficacité. La thématique et les grandes lignes en sont décrites ci-après.
Dispositif d’accompagnement en collège - Dominique Paviot
Première version du site : février 2008 - Dernière mise à jour : 6 novembre 2015
Les adolescents du XXIe siècle
Quelles sont les caractéristiques des élèves actuels ? En quoi ont-ils changé ? Quelles pistes de travail cela ouvre-t-il avec eux ? Comment l’accompagnement est aujourd’hui un outil incontournable face à l’évolution de nos sociétés ?
Benoît Skouratko nous alerte dès 2006, « Les comportements sociaux de la jeunesse et des adolescents ne sont plus les mêmes. », Hiroki Azuma nous parle en 2008 des « enfants de la postmodernité » ou “seconde modernité” pour François de Singly, où « à la culture de la transmission et de l’obéissance succède peu à peu une culture de la découverte et de l’accompagnement. » (2009). Mais c’est Jean-Paul Gaillard qui fournit la description la plus convaincante des mutations psychosociétales en cours : « un processus à l’œuvre dans notre société, processus qui réclame à être rapidement saisi par l’ensemble des adultes responsables […] en ce qu’(il) a pris aujourd’hui une tournure radicale pour la plupart des enfants de moins de vingt ans et qu’(il) rend obsolète la quasi-totalité de nos repères éducatifs. […] En fait, que nous le voulions ou non, c’est arrivé. » (2012).
Dans la mesure où l’élève se construit aussi par la « dimension institutionnelle de l’école » et que « la responsabilité de l’école est d’enseigner aux élèves comment prendre place dans la société » (David R. Olson, 2005), ne faudrait-il pas que cette école procède à une mise à jour de sa vision de la société d’une part, et de son appréhension des élèves d’autre part, « des élèves d’une nouvelle espèce » (ITICA, 2007) ?
L’adolescence est le “luxe des sociétés modernes”. L’enfant est devenu un sujet de plein droit et le credo des sociétés individualistes occidentales. Jean-Paul Gaillard nous parle bien d’adolescents “mutants”. Les quatre principaux facteurs de cette évolution systémique :
• L’économie ultralibérale et ses messages
• L’avancée démocratique et la redéfinition de la relation à l’enfant
• L’avènement de l’ère numérique
• La redistribution de l’autorité au sein du pôle familial traditionnel
Dans le rapport à l’école, des typologies particulières à l’origine d’une difficulté scolaire
‣ Une très pressante culture adolescente, qui développe d’autres rapports avec le monde et se confronte au modèle de la “culture cultivée” portée par l’école. Pour certains enfants, « il n’y a plus aucun enjeu extérieur pour l’acte d’apprendre, on est collégien ou lycéen parce que “c’est comme ça”… » (Lévine, 2003). Elle marque indéniablement une prise de recul par rapport à l’école.
‣ Entre le collège et le lycée, cette démotivation est une constante. À côté des quelques bons élèves pour qui il est naturel de travailler et de ceux en réelle difficulté à propos des contenus, s’est développée la frange non négligeable des nonchalants-utilitaristes, rivés au “minimum syndical” : les “très forts en évitement d’effort”. Les exercices sont plus ou moins faits, mais les leçons rarement apprises…
‣ Ces nouveaux élèves, sous le registre du “temps compact”, présentent une importante intolérance à la frustration et un déficit récurrent en concentration.
‣ Nous vivons une évolution historique inédite : l’écart générationnel est aujourd’hui colossal. Les élèves ont tendance à refuser la différence avec les adultes, et les adultes ont du mal à maintenir le rapport d’autorité. Cela va pourtant curieusement de pair avec une demande de reconnaissance individuelle dès qu’on rentre dans le champ pédagogique.
Nous cernons ici une difficulté scolaire encore peu appréhendée dans nombre d’établissements. En effet les enseignants s’en tiennent bien souvent à une problématique strictement individuelle de la difficulté. Alors que lui conférer une dimension sociale (relier les cas entre eux) permet de se munir d’outils jusque là non envisagés, qui permettent à la fois à l’éducateur d’enrichir son registre d’action et à l’élève de rentrer dans une dynamique de groupe. Une telle approche permet d’inscrire l’efficacité dans sa démarche, au delà des simples recommandations usuelles ou de l’outil-réflexe qu’est le cours en plus du cours : il s’agit assurément moins de renforcer des savoirs que de surtout construire une démarche intellectuelle et des habitudes mentales propres à élaborer une dynamique de progrès.
Pistes et perspectives
Nos méthodes ne sont plus opérationnelles, nous ne sommes plus en mesure de répondre à cette difficulté avec les mêmes moyens qu’auparavant, le langage que nous leur tenons s’avère complètement décalé par rapport au monde actuel (voir F. de Singly, 2009 ; P. Gumbel, 2010 ; J.-P. Gaillard, 2012). Cela se dessine clairement dans nos établissements : les efforts déployés par les enseignants, ne suffisent plus à endiguer les dérives comportementales des enfants d’aujourd’hui, c’est de l’ordre du constat quotidien. Ces élèves ont une autre culture, usent de moyens de communication que nous ne maîtrisons pas et ont une toute autre façon de voir les choses. Ces enfants ne savent plus être attentifs aux contenus scolaires, et pire, n’y sont largement plus convaincus.
Les jeunes sont des êtres en pleine structuration de personnalité et quête de soi, laquelle ne peut se faire qu’au sein du groupe. Si l’on veut que les élèves travaillent, il faut commencer à leur apprendre à vivre ensemble, et donc leur inculquer d’abord les modalités de l’“apprendre ensemble”. L’un des fils rouges incontournables est bien de responsabiliser les adolescents face à leur situation.
★ Faire travailler les élèves sur les rythmes d’activité, du moins approfondir avec eux le concept de différents modes de travail et de leurs règles associées : confrontation solitaire aux contenus, aide par un pair, assistance d’un adulte, groupe de soutien… C’est l’un des moyens éprouvés de redonner sa place au pédagogique dans leur esprit. Pour nous, vivre en adultes compétents en approches pédagogiques, en situations mobilisatrices, davantage qu’en savoirs : aptes à “collaborer” avec eux pour les faire avancer, davantage que “maîtres” d’un pouvoir savant.
★ Retrouver des terrains d’alliance avec les élèves : « des relations de type convivial, commensal » (Jacques Lévine, 2003). Avancer sur une pédagogie “collaborative”, vers une communauté élèves-enseignants-éducateurs-parents en interaction.
★ Utiliser la technologie. Elle a modifié, a minima, leur approche du savoir.
★ “L’entreprendre” est dramatiquement absent du discours éducatif : penser créativité et esprit d’entreprise. Trouver des points d’ancrage dans leur culture.
L’accompagnement, outil incontournable du XXIe siècle
Les jeunes ont plus que jamais, aujourd’hui, besoin d’être accompa-gnés. Aussi le présent projet ne saurait être qu’un “plus” à destination de quelques élèves en difficulté. En effet, on voit bien qu’il faut dorénavant admettre et reconnaître, dans nos établissements plus classiques, une difficulté scolaire liée à l’évolution de nos sociétés, qui touche un nombre non négligeable et croissant de nos élèves (les demandes de consultation se multiplient auprès des praticiens de l’adolescence)…
Des enseignants se rivent sur l’usage de la coercition, sur l’idée de recadrer et de sanctionner, parce que d’une part ils considèrent leurs élèves comme des êtres « de volonté, de contrôle, de savoir » (Jean-François Billeter), et que d’autre part ils sont persuadés que “le dire implique le faire”. Or voilà bien deux approches qui ne s’avèrent au-jourd’hui plus pertinentes, alors qu’il s’agit de nourrir chez ces adolescents une capacité d’agir, qui nécessite indéniablement à notre époque d’autres détours : leur remise au travail ne pourra s’amorcer que selon le “modèle intégratif” prôné par Jean-Pierre Obin.
Le projet d’accompagnement présenté sur ce site propose donc les démarches adaptées à ce contexte historique singulier.
Les outils de l’accompagnement
Comment différencier notre approche auprès des élèves ? Quelles sont les procédures et les pôles qui permettent une relative personnalisation, en journée et lors des études du soir, pour accompagner efficacement leur travail ?
Ce registre de pôles de différenciation permet de disposer, lors du 17 h - 21 h ou des heures de permanence, des outils nécessaires à chacun, de pouvoir placer à un instant donné un élève dans le dispositif qui lui est alors le plus adapté :
• Certains actes font partie du quotidien normal des temps d’étude ou de permanence : l’accès à un dictionnaire ou une encyclopédie, l’aide ponctuelle apportée par un camarade ou un adulte : c’est déjà la résolution d’un certain nombre de difficultés.
• D’autres actes en revanche relèvent de décisions en amont (professeurs principaux) et d’une organisation en terme de temps, de lieux et de personnes ressources : c’est là qu’intervient le coordinateur de l’aide et du suivi.
Les outils présentés ci-dessous sont des « routines de pratique » au sens de procé-dures d'action (modes opératoires) suffisamment stabilisées et productives pour encadrer efficacement l’activité des élèves au quotidien en étude du soir. Le fait qu’un certain nombre d’élèves soient répartis dans plusieurs de ces pôles permet à l’un des éducateurs de gérer le fonctionnement de l’ensemble du dispositif : réguler, conseiller, orienter, tout en gardant un espace d’improvisation selon les situations pédagogiques qui peuvent se présenter.
Leviers d’action
Une telle revalorisation du temps de l’étude (qui doit prendre place autant le soir que lors des heures de permanence en journée) n’est pas sans poser des problèmes conceptuels.
• L’équipe - L’obstacle paradigmatique se tient là : une partie de la gestion est laissée aux élèves — toujours bien sûr sous le contrôle de l’adulte. Le corollaire, de manière incontournable, est surtout que les adultes travaillent en équipe. Les dispositifs ici préconisés impliquent évidemment la présence d’un “coach”, ou “conseiller pédagogique”, représenté par la personne du coordinateur : la compétence des personnels se construira pour une grande part au sein de ce travail d’équipe judicieusement mené, ponctué de la concertation et du retour sur les pratiques.
• Les élèves - En premier lieu, il faut souvent travailler avec les jeunes à un changement de mentalité : passer de la dialectique de la coercition à celle de l’autonomie (cf. page suivante) et cela ne se fait pas en un jour. Les éducateurs doivent se pencher sur cette transition-là. Mais cela fonctionne : comme nous l’avons expérimenté, les élèves se retrouveront parfaitement dans cette “marge” qui leur est laissée. Et dans un tel dispositif, « on ne peut pas se passer du point de vue des élèves » : il s’agit d’un « apprentissage de la démarche démocratique » (Claire Rueff-Escoubès).
• Les enseignants et cadres - Cette démarche vers la responsabilisation et l’autonomie a représenté le blocage le plus important des adultes lors des innovations menées (Ali Chebbi). En effet, ceux-ci croient perdent pied parce qu’ils sentent qu’il y a là une confiance faite aux élèves, donc une marge qui leur est laissée pour la gestion de leur prise d’information et de leur travail — la théorie de “l’élève assis” est pour le moins mise à mal. Et surtout, un système qui se gère lui-même, avec l’aide des éducateurs, en dehors d’une dialectique “pyramidale”. Pour ces personnes, la formation apparaît alors l’outil incontournable pour ouvrir et réfléchir à d’autres approches éducatives.
L’enjeu vers la motivation
Ce dispositif représente les outils à la disposition des enseignants et des éducateurs pour répondre à cette demande d’accompagnement des familles de plus en plus pressante dans nos établissements — et cette exigence est bien là aussi une des nouveautés de ces dernières années à prendre en compte. En effet, on ne peut plus attendre, pour beaucoup des adolescents d’aujourd’hui, qu’ils parviennent à se prendre en charge seuls dans le cadre de leur travail personnel — surtout en internat, et là, le concept d’“étude stricte” cher à certaines représentations semble bien avoir vécu… — et ce temps des permanences et du 17-21 heures est précisément celui de l’exercice des compétences des éducateurs dans l’organisation du travail des élèves, et par là d’un travail considérable sur leur motivation.
Comme l’explique Jacques Nimier, la motivation a besoin à la fois d’un cadre qui pose les contraintes du bon fonctionnement et représente pour l’élève le référent “solide”, et à la fois de l’espace de liberté où la motivation va pouvoir naître et se consolider. La tendance forte « à essayer de tout maîtriser pour notre propre sécurité, avec l’illusion que tout marchera mieux si tout se passe comme nous l’avons prévu » (Nimier, 2009) ne conduit qu’à instaurer un “espace faible”, structurellement confus, où l’élève sera bien libre malgré les apparences de prendre les initiatives parallèles discrètes vers l’évitement d’effort. Une application de cette approche en cours dans un établissement parisien montre ainsi une amélioration de l’efficacité, des rapports entre enseignants et éducateurs, du dialogue avec les familles et, notamment, des relations entre élèves et éducateurs.
Mise en place
L’implantation du dispositif relève de la responsabilité du coordinateur de l’aide et du suivi. Elle doit intégrer l’histoire de l’établissement, les disponibilités en ressources humaines et en locaux. Au préalable être étudiée lors d’une phase de projet au sein de l’équipe concernée, dans le fil rouge de structurer des temps et des groupes de travail exigeants. C’est le plus sûr moyen de s’assurer d’une part de l’investissement des personnes et d’autre part d’éviter le “saupoudrage pédagogique”. Donc un des facteurs essentiels de la réussite.
Les travaux du groupe ACOT, de Pierre Chambat et Alain Chaptal invitent à mettre l’accent sur l’articulation avec les pratiques existantes que l’on prend en charge et réaménage, dans une démarche prudente. La mise en œuvre ne pourra reposer que sur un “construit social” en s’appuyant pas à pas sur des solutions stabilisées, dans la cohérence d’une implication de tous les acteurs (direction, enseignants, éducateurs et élèves). Un changement lent mais déterminé — les élèves, comme nous le verrons au chapitre suivant, devront en effet adopter de nouveaux comportements où ils auront à être accompagnés —, sera de plus grande portée. Dans le monde où nous entrons, l’école ne peut plus faire l’économie de cette démarche.
L’ÉTUDE DE TRAVAIL PERSONNEL - Dans sa forme classique, c’est le lieu du travail solitaire par excellence, de la confrontation aux savoirs. C’est une salle studieuse où doit régner le plus grand calme, et à cet égard tout un apprentissage de la discrétion est à opérer auprès des élèves ! Cependant non un lieu clos et verrouillé : à tout moment, un élève doit pouvoir solliciter et obtenir de l’aide, de la part d’un adulte ou d’un camarade. Le rôle de l’éducateur est là fondamental pour assurer une nécessaire régulation entre le travail personnel et le temps de l’aide, et la garantie du maintien du silence en ce lieu.
L’AUTONOMIE - Elle est vue ici sous l’angle non d’une liberté octroyée, mais d’une approche pédagogique, contractualisée et restant sous le regard de l’adulte. Utilisée à bon escient, elle permet de remettre au travail un certain nombre de décrocheurs : la marge laissée les autorise en effet à reprendre la main sur leur devenir, dans ce contexte apaisé. C’est enfin la voie privilégiée pour impliquer les élèves dans la gestion de leurs études le soir.
LE TRAVAIL AVEC UN PAIR - Encore nommée “binôme”, l’entraide au sein des pairs est très efficace et très riche à utiliser au quotidien. Elle nécessite une salle adaptée : de préférence un minimum de séparation (paravents, cloisons mobiles) entre les duos, un ou plusieurs tableaux. Ainsi que des règles précises de fonctionnement, restant placée sous le regard de l’adulte. Un court “rendre-compte” en fin de session est toujours opportun.
LE MONITORAT - Cette pratique de l’assistance par un aîné induit un “maillage pédagogique” dans les établissements, une notion de responsabilité collective qui confère une autre dimension aux relations humaines, grâce à laquelle le jeune modifiera en partie sa représentation de son école et de ses capacités personnelles. Cet outil fait l’objet d’un contrat entre les parties, d’une information des familles, et d’un suivi très régulier de la part de l’équipe éducative, qui se doit d’accompagner les moniteurs.
LE CERCLE DE TRAVAIL - Petite équipe opérationnelle de quatre à six élèves, engagés par contrat à toujours maintenir entre eux une ambiance studieuse et à s’entraider. Cette démarche requiert une salle pour chaque cercle et reste sous le regard de l’adulte. Chaque séance de travail se clôt sur un bilan.
LES ATELIERS THÉMATIQUES (TUTORAT) - Ces temps de ré-explication par matières et petits groupes proposent un retour sur les notions et points du cours mal compris, avec une approche différente ou une “pente” pédagogique plus faible. Assurés par des enseignants ou des éducateurs compétents, voire des aînés, ils prennent place lors d’heures de permanence ou de certains temps d’étude du soir.
LA REMISE À NIVEAU - À destination des élèves en grande difficulté de compréhension ou de méthodologie, cette intervention prend la forme de la session individuelle, du “cours particulier”, de préférence en journée (permanence ou temps de midi) pour ne pas interférer avec les autres temps collectifs ou de mutualisation présentés ici.
LE SUIVI DE PARCOURS - Réponse adaptée au besoin de certains élèves de voir leur semaine ponctuée par le repère d’une rencontre avec l’adulte, sans toutefois rentrer dans leur “zone proximale” de travail. Le contenu sera là un bilan sur des objectifs fixés par exemple d’une semaine sur l’autre, et des pistes en terme de méthodologie, gestion du temps, coaching : l’adulte propose un regard “méta”, de distance à soi-même. Cet outil trouve en particulier toute sa place dans la démarche d’évitement du redoublement contractualisée avec certains élèves et leurs parents.
Introduire l’autonomie au collège
Est-il possible d’arriver à faire vivre au quotidien ces outils pédagogiques de l’accompagnement ? Et de responsabiliser les jeunes face à leur propre situation ?
Comment arriver à faire vivre au quotidien les situations pédagogiques présentées au chapitre précédent ? La clé en est l’autonomie, qui prend bien ici sa valeur d’outil pour notre action. Loin d'un mot qui a sans nul doute été galvaudé ou d'une utopie fantasmatique, il s’agit d’un enjeu important, sérieux, auquel les éducateurs peuvent et doivent s’atteler. « L’autonomie n’existait pas dans l’ancien modèle. Il faut aider l’élève à comprendre ce qui se passe… » (Benoît Skouratko). Et bien sûr, parler d’autonomie, c’est aussi parler responsabilisation.
Le législateur a donc pris en compte les évolutions du monde pour adopter une vision de l’élève beaucoup plus positive et esquisser un modèle éducatif plus en phase avec la (post)modernité. Les éducateurs ou enseignants peuvent évidemment faire le choix de se raccrocher à la certitude de paradigmes qui ont baigné leur propre scolarité : « L’école est la construction de l’être assis, qui se maîtrise, qui sait se gérer dans le collectif », disait Émile Durkheim…
La formation à l’autonomie
La formation des élèves à l’autonomie ne saurait aller sans au départ une implication forte et décidée du chef d’établissement, la circulaire de 1982 le rappelait. Le collège doit s’adapter à l’élève (et non l’inverse), dans un acte éducatif qui permet de l’intégrer progressivement dans une collectivité scolaire — ici en particulier dans une dynamique collective du temps des permanences et de l’étude du soir.
En effet, l’autonomie des élèves ne se développera pas par magie : l’autonomie, ça s’enseigne ! La première condition invariante est la motivation de l’élève : toute mise en situation d’autonomie doit être concertée entre l’adulte et lui. Une chose essentielle rentre en jeu ici, la confiance : je fais confiance à l’élève. On n’aura pas sa motivation sans la confiance que je lui accorde. C’est à la base du fonctionnement de tous les dispositifs individualisés du chapitre précédent.
La seconde condition est un apprentissage dans l’action. L’autonomie est une conquête progressive : c’est dans le “frottement” quotidien à la réalité que les choses vont se nouer. Nous sommes bien là dans une démarche pédagogique et non dans une liberté octroyée. Nous devons y travailler sur le principe de “l’erreur permise” : la tâche de l’éducateur est là de faire pointer du doigt, de mettre en évidence à l’élève lorsqu’il se trompe l’écart entre ce qu’il est capable de faire et ce qu’il croyait être capable de faire, entre ce qu’il est capable de faire et ce que l’on attend de lui. C’est dans l’identification des erreurs et de leurs causes que se fait l’appropriation de l’autonomie.
Du point de vue de l’élève, son accession à l’autonomie peut être envisagée sur deux axes :
• son appréhension des ses difficultés - Que l’élève en ait d’abord la perception, en acquière une conscience lucide. L’amener ensuite à se mobiliser face à ces difficultés, à se les approprier, et qu’il sache qu’il a un interlocuteur avec qui il pourra les traiter, avec des outils.
• son comportement - Qu’il soit ensuite apte (et notre mission est de l’aider à le devenir), sur le plan comportemental, à participer à un travail en parcours personnalisé.
La gestion de l’autonomie
Soulignons d’emblée que le corollaire de la mise en place d’une différenciation est l’introduction du mouvement et du bruit dans l’espace des temps d'étude. Or ces deux éléments rentrent en vive contradiction avec le paradigme de “l’élève assis”, et peuvent se montrer perturbants pour des adultes non avertis (Sandholtz, Ringstaff et Owyer, 1997). « Comment gère-t-on les dérives de l’autonomie ? » : Michel Saroul posait cette question en janvier 2008, et effectivement c’est bien celle à mettre au cœur de la réflexion et des décisions de l’équipe des adultes avant toute mise en place. Deux points sont à préciser :
‣ toute autonomie (élèves en salle autonome, en binômes) apporte son lot de “déviations” , et l’adulte se doit de réagir à chaque constat ; mais lorsque le projet est bien mené, l’expérience montre que le rendement intellectuel (scolaire) est supérieur à celui de la configuration d’une étude classique avec son taux d’élèves inactifs ou en évitement d’effort, et que le gain est bien meilleur en termes de motivation et de socialisation ;
‣ toute réponse se doit d’être d’ordre éducatif : elle aura été arrêtée au sein de l’équipe auparavant et doit ouvrir à la parole de l’éducateur.
Conclusion
« La formation à l’autonomie est en accord avec l’évolution globale de la société » (François Jarraud). Et c’est bien là, dans le cadre d’une organisation dynamique du temps hors cours, ouvrant à plus de mouvement et de responsabilité que le dispositif-classe, que l’on va pouvoir, dans ce micro-contexte, former les élèves :
‣ à une mobilisation de l’individu et une prise en main de son parcours d’apprentissage ;
‣ « à la citoyenneté en actes […], à savoir séparer les registres, rétablir la frontière entre ce qui relève des choix privés et de qui relève de la décision collective au service du “bien commun”… » (Meirieu) ;
‣ à la capacité d’adaptabilité permanente qui semble devoir être une des grandes qualités nécessaires à un futur proche (Morin ; Fisch et McLeod).
Il ne saurait là y avoir dilution de l’autorité de l’adulte sur l’enfant : l’autonomie telle qu’envisagée ici n’est en effet qu’un outil pédagogique au service de l’acquisition des savoirs, et elle nécessite, on l’a vu, d’être précisément particulièrement encadrée.
Des textes officiels…
L’éducation à l’autonomie est inscrite dans la loi.
1982. « Le travail autonome n’est pas une technique particulière aux seuls élèves qui “réussissent” ; par la relation affective qu’introduit le travail de groupe, la confiance qu’il donne à l’élève, les possibilités d’affirmation de soi-même qu’il offre et la variété des aptitudes qu’il met en œuvre, le travail autonome contribue à compenser les difficultés scolaires et les handicaps sociaux. Il acquiert toute son efficacité […] avec la “guidance” et la relation d’aide qu’apporte l’enseignant. » (Circulaire n° 82-230)
2006. Le Socle commun des connaissances et des compétences évoque l’autonomie dans deux chapitres, en précisant bien la portée :
• Chapitre 6 - Les compétences sociales et civiques : « Pour accomplir avec succès sa scolarité […], l’École doit permettre à chacun de devenir pleinement responsable — c’est-à-dire autonome et ouvert à l’initiative… »
• Chapitre 7 - L’autonomie et l’initiative : « L’autonomie est aussi une condition de la réussite scolaire, d’une bonne orientation et de l’adaptation aux évolutions de sa vie personnelle, professionnelle et sociale. […] Les principales capacités attendues d’un élève autonome sont les suivantes : s’appuyer sur des méthodes de travail (organiser son temps et planifier son travail, prendre des notes, consulter spontanément un dictionnaire, une encyclopédie, ou tout autre outil nécessaire, se concentrer, mémoriser, élaborer un dossier, […] identifier un problème et mettre au point une démarche de résolution, rechercher l’information utile, […] trouver et contacter des partenaires, consulter des personnes-ressources… »
Le centre de ressources au cœur d’un fonctionnement
Pour changer nos mentalités, introduire l’efficacité au cœur de notre action, ne faut-il pas aussi “changer les murs” ? Et déterminer dans l’établissement un lieu de référence clairement identifié comme celui de l’aide aux élèves ?
Le cadre conceptuel d’action : proposer aux élèves un « tiers lieu » éducatif, un « espace intermédiaire », dans lequel le jeune sera mis en présence d’un adulte qui n’est ni l’un de ses parents, ni l’un de ses professeurs. Un tel lieu de réappropriation a été décrit par André Giordan (2002), par Philippe Meirieu (« À côté de l’espace-classe, les établissements doivent intégrer un lieu de suivi individualisé », 2007), enfin Bruno Devauchelle (2012), il s’appuie sur l’organisation de l’enseignement dans un collège du Québec et sur l’expérience de l’Atelier d’Accompagnement Scolaire à Annecy (1995-2000). Il rejoint enfin la très récente incitation de l’Éducation nationale à revisiter le rôle du CDI vers un “Centre de connaissances et de culture” (C.C.C., mai 2012).
Ses missions
✦ Lieu de l’aide et du traitement de la difficulté
« La démarche pour apprendre, pour se réapproprier des savoirs ne peut se mettre en place sans lieux de travail ni sans ressources particulières. » (A. Giordan). Un lieu qui appelle des situations pédagogiques ; les élèves en effet s’attarderont aux actes plutôt qu’au discours : « Ce que l’on fait parle plus fort que ce que l’on dit. »
✦ Lieu d’écoute et de sérénité
Il faut que l’école restaure en son sein d’une part un lieu différent de la salle de classe ou de celle d’étude, où l’élève puisse bénéficier d’un autre regard. D’autre part un lieu où l’on puisse amener l’élève en difficulté à la durée propre aux explorations, par contraste avec le temps dispersé et atomisé dont ils souffrent.
✦ Lieu d’autodidaxie
Lieu du travail personnel. Un lieu de l’apprendre et de la production intellectuelle. Apprendre à utiliser le temps passé seul de manière pertinente : travailler seul, développer des aptitudes intellectuelles pour traiter les informations. À l’école, les élèves sont présents, mais très peu engagés : un certain champ, une certaine marge laissés à l’élève seront plus efficaces pour l’accompagner à bâtir une motivation intrinsèque. Cela en l’aidant à maîtriser la trilogie classique du pair, de l’adulte ou du document (P.A.D.)
✦ Lieu d’enrichissement et de découverte
Ce lieu a forcément à voir avec les technologies : permettre l’approfondissement de connaissances par d’autres moyens, par l’Internet. « Un lieu où l’élève se sente bien, pour travailler et avancer dans ses projets personnels » (Giordan), un lieu stimulant, où les élèves aient l’envie, le souhait de s’investir — comme l’expérience l’a montré : un lieu qui suscite par lui-même cette envie et ce souhait.
Son implantation : si les locaux le permettent, la solution idéale est de pouvoir créer un centre de ressources scolaires à proximité des études, par niveau ou regroupement de niveaux. Sinon, il peut représenter plus aisément une extension du C.D.I., avec bien sûr concertation avec la/le documentaliste pour un tel enrichissement de ses missions.
Son encadrement : partie par le Coordinateur de l’aide et du soutien (cf. ce chapitre sur ce site), partie par des éducateurs ou des enseignants compétents en gestion de situations pédagogiques, bien plus qu’en distribution de savoirs — n’oublions pas qu’une grande part de la remédiation se fera par l’utilisation des ressources et celle des pairs.
Son ouverture : le centre de ressources scolaires est par essence destiné à être à la disposition des élèves le plus souvent possible. Lors des temps d’étude du soir ; lors des permanences (dans quelques établissements, ces temps ont singulièrement besoin d’être “rentabilisés” et mis en cohérence avec le temps d’étude du soir) ; enfin lors des pauses méridienne et du dîner en internat.
Les cinq pôles
Pour répondre aux besoin des élèves lors du temps hors la classe, le centre de ressources scolaire peut présenter cinq zones physiques, munies de la signalétique correspondante :
• Expliquer-motiver : le lieu où se tient l’adulte (en général, son bureau)
• Comprendre, s’entraider : une zone pour le travail en binôme avec un pair ou un aîné, plus quelques tables individuelles pour les élèves que l’on garde le temps d’une remédiation
• Consulter : le plateau où se trouvent les dictionnaires, les encyclopédies version papier, les atlas…
• Se former, approfondir : un rayonnage propose une série d’ouvrages parascolaires dans les matières posant problème, des recueils d’exercices et les annales
• La technologie : quelques ordinateurs sont utilisés pour les consultations d'encyclopédies numériques, d’outils de remédiation (cd-rom ou site internet), ou encore la réalisation de fiches mémo
Enfin une bibliothèque littéraire pourra utilement venir compléter cet équipement.
Tout cela paraît bien séduisant, mais qui va le gérer dans l’établissement ? Ne faut-il pas quelqu’un qui vienne épauler les professeurs principaux et les éducateurs, organiser l’aide et le suivi des élèves en difficulté ?
Une nouvelle forme de métier
L’évolution de l’offre éducative et pédagogique de l’établissement vient s’articuler entre les deux pôles que sont enseignement (métier de professeur) et discipline (métier de surveillant). En suivant les travaux de Bruno Devauchelle (2012) et les remarques de Christian Chalier (2013), c’est bien un “nouveau métier” qui est à prendre en compte : celui de professionnel de l’élève et de l’apprendre.
Il s’agit d’une mission riche et complexe : les solutions ne sont pas toujours simples ni immédiates, les compétences d’encadrement du travail des élèves sont typiquement des savoirs d’expérience, longs à acquérir, parce qu’ils doivent l’être dans l’action. Ce sont aussi des savoirs implicites, en évolution constante, qui se transmettent par la proximité, et par « des canaux lents et étroits ». Il s’agit bien d’une “spécialité professionnelle”, qui veut enfin répondre à une demande forte, des enseignants, des parents comme des élèves eux-mêmes.
Le rôle du coordinateur
« En l’état actuel des choses, l’accompagnement à la scolarité manque de cohérence et de concertation. Il devient difficile de connaître avec précision la nature des aides apportées aux élèves pendant et en dehors du temps scolaire. Outre le fait qu’il ne soit pas très constructif pour un enfant d’avoir autant d’interlocuteurs, il est capital que l’école ait une position plus renforcée dans cette politique d’accompagnement. C’est aux dispositifs de s’adapter à l’école et à l’école d’accepter ses responsabili-tés. » (Bruno Suchaut)
Le poste présenté ici est en partie inspiré par celui des “professeurs spécialisés” et “conseillers” présents dans les collèges finlandais. Les uns apportent une aide ciblée aux élèves qui éprouvent des difficultés particulières ; les seconds les guident à leur demande dans leurs études ou leur proposent au besoin une écoute attentive et experte. Il prend aussi des éléments aux coordinateurs P.P.R.E. de l’enseignement public, rejoint la fonction d’encadrement alors proposée par la commission Thélot (2004) : “coordination de la personnalisation des apprentissages”, s'enrichit enfin du profil des “Préfets des études” (Programme ECLAIR, 2011).
Le coordinateur de l’aide et du suivi
❖ Sa mission est de faire vivre au quotidien le programme d’aide et de soutien voulu par l’établissement, en vue de la réussite des élèves, programme dont il est le référent.
❖ Ce poste s’articule entre les situations de terrain (difficultés rencontrées en cours ou en étude) et les outils d’intervention, aux différents stades de mise en œuvre : aide des PP et éducateurs au repérage, au diagnostic et au choix des outils de réponse ; organisation, suivi et évaluation des actions.
❖ Le coordinateur est chargé :
‣ de la bonne circulation des informations entre les différents partenaires
impliqués (enseignants, éducateurs, responsables de niveau, familles) ;
‣ de l’établissement de documents de méthode et de synthèse facilitant la
lisibilité du dispositif ;
‣ de veiller dans le détail au bon déroulement du parcours des élèves pris en
charge ;
‣ d’accompagner les équipes d’éducateurs intervenant en permanences et
étude du soir : implantation de dispositifs, formation à leur usage, mise en
œuvre de la politique décidée par l’établissement, retour sur les pratiques
(démarche collaborative avec les élèves).
Les trois préalables à la validité du poste au sein de l’institution :
✓ Le coordinateur sera officiellement institué par le Chef d’établissement au sein d’un “arrêté de projet”. Cet arrêté témoigne de l’appui et de la volonté de la direction.
✓ La mise en cohérence du présent poste de coordinateur avec les missions des autres cadres de l’établissement et des professeurs principaux, afin d’éviter des interférences sur le même champ d’action.
✓ L’existence d’un temps de concertation hebdomadaire avec les éducateurs et autres intervenants en étude du soir, figurant dans leur horaire de travail.
De l’importance de…
• L’écoute - « Les problèmes s’améliorent avec un entretien avec l’élève : s’il parle, l’élève peut donner des éléments qui permettent de l’aider. L’élève est au cœur de notre problématique : je lui fais confiance. » (Michel Saroul). Le coordinateur intervient là comme médiateur : son regard sur les jeunes n’est « nécessairement pas celui de l’école, ni celui des parents ». Il considère l’élève comme « le principal artisan de ses apprentissages ».
• Du projet de l’élève - Afin de restructurer le parcours de l’élève en difficulté et donner du sens à sa prestation scolaire, il est essentiel de l’aider à dessiner un projet personnel. Souvent, il faut en initier l’idée même. Puis partant de son écoute, de ses centres d’intérêt, s’appuyant au besoin sur des professionnels (C.I.O.), placer des perspectives au cœur de sa présence au collège. Le domaine de l’orientation est donc partie intégrante de la démarche de l’accompagnement.
• Croiser les regards - Les actions sont menées en lien étroit avec le professeur principal, l’éducateur en charge de l’élève et la famille — la communication avec les parents (l’éclairage de leur attente, leur implication) est pour l’heure bien souvent hélas en jachère. La fonction de coordinateur est d’apporter des outils au professeur principal, d’assurer l’organisation et le suivi de l’aide (il convient de souligner ici que dans le système éducatif français, la dotation horaire des PP n’a encore jamais correspondu aux missions demandées).
• Suivre un parcours - Après l’écoute initiale, il s’agit de rentrer dans la zone proximale de développement de l’élève (voir à la page Éducateurs) ce qui présume une capacité d’empathie, pour définir avec lui sa stratégie d’action et baliser avec lui son parcours. Pour faire référence à une pratique moderne, le coordinateur se situe dans une démarche de “coaching” scolaire (G. Gabriel) : il est le “spécialiste du métier d’élève”.
• La coordination des interventions - Didier Retourné (SNCEEL, 2012) en fait un point incontournable : « L’accompagnement ne peut se concevoir comme l’agrégation d’initiatives individuelles. Aussi tous les dispositifs qui relèvent de cette démarche rendent plus impératives la coordination des actions des personnels de l’établissement, la régulation des interventions de chacun, l’évaluation de l’impact des dispositifs. »
• La motivation - Elle est grandement tributaire à la fois de processus individuels et du contexte qui entoure l’élève. Le jeune est loin d’être le seul responsable de sa motivation. Le coordinateur porte alors dans le parcours des élèves une attention particulière aux moyens et à l’environnement propres à éveiller et soutenir cette motivation : c’est une dimension importante du travail d’équipe.
• Prendre en compte le temps - La prise en charge de la difficulté ne s’entend que sur le long terme : sa résolution va avec la frustration, dont il faut attendre la satisfaction. Ce sont les années qui vont être utiles.
Mais les éducateurs en charge des élèves la journée et le soir ne doivent-ils pas être informés ou ouverts à ces pratiques ? En être le relais ? Et mieux, quelles sont alors les postures les plus favorables à un retour de la concentration et de la motivation chez les élèves ?
« L’école peut réussir et soutenir la persévérance scolaire en misant sur les compétences et les forces de ceux et celles qui y œuvrent quotidiennement », affirme Jean Duquette (Québec, 2009) en proposant trois axes :
• créer pour les élèves une communauté interne vivante et stimulante d’apprentissage ;
• être partie prenante de la réussite des élèves et de l’enrichissement culturel de cette
communauté ;
• développer une identité propre où les membres puisent fierté et sentiment
d’appartenance.
Refonder la vie scolaire
La démarche présentée sur ce site se propose de :
‣ recentrer la mission des éducateurs sur les apprentissages et la réussite des élèves, et leur apporter l’appui nécessaire afin qu’ils gèrent de manière plus efficace ce temps du “back office”, la “boîte noire” du temps après la classe, en y mettant en œuvre les moyens facilitant les apprentissages ;
‣ retrouver une cohérence éducative par le biais d’un dispositif structuré de suivi des élèves, davantage apte à renforcer les liens entre éducateurs et enseignants. C’est le modèle intégratif avancé par Jean-Pierre Obin (juillet 2008).
Ainsi rejoindra-t-on Jean-Paul Delahaye : « On peut être plus positif et essayer de dépasser ces clivages. C’est ce que nous préconisons, en faisant en sorte que les personnels cessent de se partager formellement les tâches (au sens de se les répartir) mais travaillent beaucoup plus ensemble. » (juin 2009) pour apporter une réponse à ce que décrivait Antoine Prost au même moment au colloque de l’IREA à propos du travail des élèves : « Si on en juge par le sentiment largement présent dans les salles des profs (« ils ne travaillent plus, ils n’apprennent plus leurs leçons »), la question est assurément vive, et urgente* à traiter. »
✴ Ainsi le déclin ou même la fermeture sur la place d'un certain nombre d'institutions ont, entre autres motifs, peu ou prou la même cause principale : le refus aveugle de prendre en compte son public et développer les démarches adaptées, chaque enseignant s’arc-boutant dans le pré carré de son expertise, la vie scolaire sur la “discipline”. Des institutions « sourdes et aveugles »…
Un nouveau métier pour les éducateurs
Au sein d’un établissement, l’aide et le soutien ne sauraient se tenir en une officine recluse au fond d’un C.D.I ou d’un centre de ressources : l’accompagnement ne serait plus alors qu’une roue de secours ou une “rustine” bien peu pertinentes. En réalité, en terme d’efficacité, c’est à l’évidence aussi et surtout un état d’esprit qui doit irriguer les temps d’étude, une démarche de chaque soir des éducateurs vers cet accompagnement des élèves. En effet, pour ces derniers, avoir en face d’eux des adultes “compétents”, qui travaillent à cela, est le plus sûr moyen pour établir une relation de confiance qui leur permette d’avancer, de s’inscrire dans une dynamique. La compétence évoquée ici n’étant pas celle de refaire le cours, mais celle de proposer des outils de travail intellectuel, et des solutions aux problèmes rencontrés lors de ces temps hors la classe.
Une époque révolue
L’une des préoccupations les plus complexes (ce dernier mot pris dans un sens noble) de la mission des éducateurs actuels lors des temps d’étude est de faire baisser chez leurs élèves une envahissante tension et une opiniâtre dispersion mentale, pour laisser la place à l’attention studieuse et la favoriser. L’un des paradigmes les plus forts de l’école française, « il suffit d’exposer la vérité pour que l’erreur se dissipe », ne fonctionne plus (ou bien mal) aujourd’hui. Ceci dans l’histoire pédagogique est bien l’une des grandes nouveautés de la fin du XXe siècle. Et Jacques Lévine nous explique l’inopérabilité des simples injonctions et coercition en ce domaine (2003). Reprenant J. Nuttin (« les discours adultes incitant à l’effort sont souvent inutiles car sans justification personnelle pour celui qui les reçoit »), Gaëtan Gabriel nous met lui aussi en garde contre les propos moralisateurs, coercitifs ou défiants envers les jeunes s’investissant. Et Xavier Sorbe enfonce le clou (2008) : « Il est hors de propos d’évoquer les vertus pédagogiques que l’on prête à la sanction. Elle ne traduit en général que l’incapacité à trouver des solutions. Fréquemment d’une autre époque, elle est déconnectée de tout projet. »
Nous devons alors sortir de cette époque révolue (G. Pesse, 2008) pour aborder un nouveau métier dont l’objectif est d’« investir sa place d’adulte professionnel pour installer les conditions de la motivation » (Brigitte Prot, 2008). Encore une fois, c’est un enjeu d’efficacité. En effet, les élèves seront d’autant plus attentifs et en situation dynamique :
‣ que nous nous placerons dans leur zone proximale de développement (Vygotski) : “descendre” près d’eux pour planifier avec eux les ressources dont ils ont besoin et établir avec eux leur “planning d’efforts”.
‣ que les éducateurs réfléchiront aux pratiques pédagogiques favorisant leur investissement, donc à la conception de dispositifs où les élèves s’y retrouvent.
Leur nouvelle mission : savoir créer les conditions propres à la mobilisation de leurs jeunes. Il s’agit peut-être pour certains d’une « révolution copernicienne » à opérer (Paviot et Pesse, 2006), mais elle est aujourd’hui incontournable. Ils seront aidés en cela par le coordinateur de l’aide et du suivi dont une des missions est de faire pénétrer cette culture de l’aide au travail de l’élève, où aider les élèves à apprendre n’est pas considéré comme un argument commercial mais un enjeu majeur ; pour ce faire de gérer des équipes tournées vers l’efficacité. Et à tenter de résoudre ce paradoxe fondamental, selon Philippe Meirieu : tous les élèves peuvent apprendre, mais on ne peut pas obliger un élève à apprendre…
La forme de ce travail
Si le temps d’étude est certes d’abord le temps de réalisation des tâches demandées par les enseignants, la forme de ce qui se passe après 17 h 00 n’est pas destinée à revêtir ce qui se passe pendant les cours : « Quelque chose est à tenter en dehors de la classe. Un travail sur d’autres bases. Il y a d’autres propositions à faire » (S. Boimare, 2006). En effet, dans le cadre de cette première mission, comment alors instituer ces temps de construction et de mutualisation des savoirs, d’élaboration méthodologique, et d’apprentissage — qui parfois, au niveau de l’individu, peuvent revêtir davantage de prégnance que dans le temps du cours lui-même ? Deux points paraissent essentiels pour les éducateurs travaillant avec les enfants du XXIe siècle :
• renforcer leurs compétences en méthodes de travail
• en suivant André Giordan, avoir le souci d’entrouvrir des “portes”, des champs, de chercher ces “moments” où il va se passer quelque chose.
Ainsi la mission de l’éducateur qui se trouve face à un jeune qui “ne veut pas travailler”, est d’abord et avant tout d’identifier pourquoi et de réfléchir comment provoquer un changement dans cette attitude qui pose problème. Cela invite à inverser une tendance forte : beaucoup, dans une vision paternaliste de l'aide, c'est-à-dire dirigiste et magistrale, sont persuadés que l'élève en difficulté doit être à leur écoute. Alors que la clé est d'abord de se mettre à l'écoute du jeune. C’est par ce moyen, et non la sanction alors hors de propos, qu’il faut en particulier élucider une discordance culturelle. La confiance est ensuite l’une des clés de la démarche. L’éducateur, par sa position, est en effet davantage porté à pouvoir faire confiance à l’élève, à entrer dans une relation de confiance avec lui. Dans un système actuel relativement magistral, il est en effet plus “proche” de l’enfant, pour le conseiller, le “driver”, le “coacher”. Il nous faut élaborer des dispositifs d’étude du soir qui soient aptes à ouvrir le champ à cette confiance, créer les outils qui nous permettent de la faire passer dans les faits, dans la réalité du travail de l’élève.
Un travail d’équipe, réflexif
Une telle approche ne peut bien sûr s’envisager que dans la cohérence d’un travail d’équipe : dans une démarche résolument tournée vers l’efficacité pédagogique, les éducateurs doivent être “managés” et rendre compte de façon très suivie, surtout dans le contexte d’une pluralité d’outils : « Il n’y a rien de pire que “ l’impensé pédagogique et didactique ” : il faut être capable de se questionner et de se demander pourquoi on fait telle ou telle chose » (B. Skouratko, 2006). Comme le souligne J.-M. Le Pogam (2006), une équipe cohérente est beaucoup plus efficace : « L’intelligence collective est ce qui fait la force des groupes. Il faut rendre opérationnelles les remarques des uns et des autres ».
Insuffler une dynamique et une image de marque
Passer d’une approche bien souvent qu’on le veuille ou non plutôt motivée par la peur (des élèves, des parents, que le système ne marche pas…) au souci d’améliorer ce système en tirant les leçons de l’expérience. L’enjeu sera bien de créer du lien avec ces générations d’élèves qui ont tendance à nous dérouter et par là de renouer avec une certaine efficacité professionnelle. Laquelle nous engage dans le monde de l’écoute, dans le monde de “l’autre”, et Gaëtan Gabriel souligne bien qu’il ne faut en aucun cas laisser la dimension administrative prendre le pas sur la réflexion et la formation : « l’administratif doit se mettre au service de l’autre, du changement ». Il souligne que c’est un risque important qui varie « selon la marge de souplesse de l’établissement […] et la volonté et l’intelligence de la direction ».
Le domaine en dehors du temps de classe de nos établissements a besoin d’un sérieux lifting d’ingénierie pédagogique, en se recentrant en particulier sur les apprentissages — ce qui n’implique pas comme entendu un allongement de la durée des études, mais plutôt une large offre d’autres outils. Le savoir universitaire et la recherche ont avancé, les connaissances sont là. Les équipes peuvent dès lors se fixer l’objectif de sortir les élèves du collège et du début du lycée de la sorte de non-vie de ce temps-là (statu quo qui au passage permet soit de maintenir un semblant d’ordre, soit d’exercer un pouvoir). L’objectif donc de leur insuffler une ambition. Si nous voulons qu’ils se prennent en main et changent le monde (“Yes we can”), il faut peut-être que nous commencions par changer le leur et leur ouvrir des possibles.
On peut certes se poser la question de la validité de ces perspectives à une époque de réduction des effectifs du corps des surveillants ou de l’embauche de personnels peu compétents. Cependant, n’y a-t-il pas là un outil susceptible d’apporter une formidable valeur ajoutée à une institution ? Les expérimen-tations menées ont en effet montré une nette amélioration des relations entre les jeunes et les adultes, une ambiance plus studieuse dans les permanences, une baisse sensible des dégradations et incivilités et enfin un score meilleur au Brevet des collèges.
D’autres relations avec les élèves
Alors, cela ne remet-il pas en cause notre approche des jeunes ? Donc quelle autorité, quelles dialectiques et exigences adopter pour favoriser leur réussite ?
« Il suffirait de peu de choses pour améliorer l’École : un peu moins d’agres-sivité, un peu plus d’écoute […] casser une culture professionnelle qui use largement du mépris. » (Jean-Marie Jutant, médiateur national)
Sans doute convient-il à cet égard de se dégager aujourd’hui de la crispation de ce standard maintes fois observé qu’est la coercition — on s’y conforme par une tradition obsolète, par économie de moyens, par manque de formation, ou paresse intellectuelle. On en connaît maintenant les effets désastreux en particulier sur les élèves rencontrant des difficultés (Deci, 1971 ; Fenouillet et Lieury, 1997 ; Prot, 1998 ; Lévine, 2003 ; Delannoy, 2005). Et en fait, rejetant systématiquement la faute sur les élèves, on ne leur donne aucunement les moyens d’“entrer dans le jeu” : c’est là tenter de leur répondre avec des outils qui ne sont pas les leurs, qui ne leur correspondent plus.
De la coercition
Beaucoup de personnes intervenant auprès des jeunes semblent persuadées que la “bonne parole” et l’injonction suffisent à aider les élèves, à les mettre sur le bon chemin. Ces personnes pensent, très légitimement de leur point de vue, qu’il ne s’agit que d’une question de “bonne volonté” de la part de l’élève : et s’il n’y arrive pas, c’est tout bonnement qu’il “ne veut pas travailler”. Or, en premier lieu, dans l’ignorance des approches du changement, la plupart de nos remarques ou injonctions sont pour le moins inutiles, au plus grave conduisent à l’indécision, voire au découragement, à la démotivation et à la culpabilité. Que ce soit en réunions de parents, en remarques individuelles ou en observations collectives, les souhaits et attentes (légitimes encore une fois) de nombre d’enseignants et éducateurs empruntent sans le savoir des chemins qui ne vont hélas guère vers le but recherché (J. Cottraux & J.-F. Dortier, 2009). D’où en second lieu cette culture récurrente de la sanction, réponse univoque, réflexe, en de nombreuses institutions, dont il conviendrait de bien se demander aujourd’hui si elle représente réellement un outil “pédagogique” à la fois efficace et pertinent. Car une telle analyse apparaît comme un raccourci mental, une “distorsion de la réalité” : les choses sont en effet autrement plus complexes. Pour atteindre un tel objectif (la remise en route), l’expérience montre qu’en effet trois clés sont à mettre en œuvre :
• l’échange, qui passe par une écoute, une explicitation et une négociation (Alain Renaut)
• la mise en place de situations pédagogiques propres à mobiliser l’élève, au-delà de la simple injonction ou sanction.
• un accompagnement de la démarche, aujourd’hui incontournable.
Axes d'intervention
Il est en tous cas impératif que les éducateurs du XXIe siècle se libèrent comme l’explique François Dubet (1996) de l’idée de renvoyer aux élèves la responsabilité de leurs difficultés ou de leur échec — démarche qui est aujourd’hui à la source de nombreux mal-être et conduites inciviles voire violentes dans les institutions. Comme l’indique le postulat de Paviot et Pesse (2006), les jeunes ne se mettront en effet à travailler que s’ils ont en face d’eux des adultes qui “travaillent” avec eux, qui établissent des relations de collaboration, lesquelles sont propres à induire une autorité de compétence. Il s’agira là pour les éducateurs de proposer à chacun les outils qui lui sont nécessaires, de pouvoir placer à un instant donné un élève dans le dispositif qui lui alors est le plus adapté, davantage que de faire appel au “mérite”, à l’injonction voire à la sanction (corollaire de la coercition, le stress s’avère un outil contre-productif : Robert, 2006 ; Lieberman et Remedios, 2007).
Dès 2006, PISA énonçait : « notre école façonne des élèves qui manquent de confiance en eux et redoutent l’erreur ; notre école ne sait pas traiter efficacement la diffi-culté scolaire ». Or au Québec, les facteurs de réussite scolaire sont ainsi les suivants :
- la promotion de l’autonomie et la stimulation cognitive,
- l’accent sur la maîtrise des apprentissages
- la promotion de la coopération entre les élèves
- la transmission de conceptions positives
- une conception de la réussite fondée sur le dépassement de soi et l’atteinte d’objectifs personnels, plutôt que sur la comparaison avec les pairs.
L’estime de soi et l’entretien de pensées positives sont de loin les parents pauvres du système scolaire français. Les approches sont connues. Bienveillance, communication non-violente, empathie, écoute, responsabilisation (Carl Rogers, 1966 ; Marshall Rosenberg, 1999, 2006 ; Charles et Théa Rojzman, 2006). Elles ont été (L’Atelier à Annecy, 1995-2000 ; Troisièmes à Juilly, 2007), et sont appliquées avec succès dans nombre d’écoles et d’institutions de par le monde, et inscrites aujourd’hui dans des textes fondateurs (Le Socle Commun des connaissances et des compétences, 2006 ; Les Assises de l’E.C., 2001 ; La Charte de l’Oratoire, 2000). Il serait intéressant d’analyser ce qui nous coûte de nous en inspirer et de les adopter. Ou d’analyser ce qui empêche nos institutions de faire passer leurs réflexions dans les faits : c’est bien sur cette incapacité qu’il faudrait faire porter la réflexion. Qu’est-ce qui obère l’action ?
Lorsqu’une forme sociale s’essouffle — et il faudrait faire preuve de quelque cécité pour ne pas le constater dans nos établissements aujourd’hui —, elle engendre immanquablement des effets pervers et aboutit à des résultats éloignés des objectifs initiaux (Jules Monnerot, 1978 ; Michel Maffesoli, 2008). Il importerait alors que les enseignants et éducateurs, afin de sortir des conditionnements dont ils souffrent, s’ouvrent à l’idée que : « si l’on veut trouver une solution à un problème, il faut d’abord accepter que l’on fasse partie du problème » (Dominique Sénore, 2001)…
Adolescence : une mutation
Que manifestent nos adolescents ? Sans doute, dans l’héritage de courants déjà analysés par Bernard Cathelat dès 1995, comme l’expliquent le sociologue Michel Maffesoli (Iconologies, 2008), « ne plus correspondre à une logique de la domination mais avoir une attitude plus sereine, plus détachée, moins offensive vis-à-vis de l’autre, de sa communauté », et plus récemment Jean-Paul Gaillard (Enfants et adolescents en mutation, 2012). S’appuyer sur une telle sensibilité n’est pas, à entendre certains, manifester un hypothétique état d’immaturité. C’est agir sur un registre aujourd’hui beaucoup plus favorable aux apprentissages, et développer cette culture de la responsabilité et de l’autonomie chez nos jeunes, ce dont on ne peut plus faire l’économie.
Notre objectif est dès lors d’œuvrer vers des relations constructives. Des relations de considération, sereines, fondées donc sur la confiance. Le registre des rapports adultes-adolescents a connu une évolution majeure depuis vingt ans, nous l’avons vu. Les choses ont changé. Et il convient, à nous adultes, si nous voulons avancer avec ces jeunes d’aujourd’hui, de résolument nous inscrire dans cette voie : l’expérience montre que l’on peut y construire bien mieux avec eux.
Notre tâche
Reconnaissons donc d’abord notre sujet actuel d’étude et de travail : l’adolescence. Respectons-la. Occupons-nous de l’essentiel, de ce dont elle a besoin et de ce qui est notre métier : la réussite des études. Notre outil est la pédagogie ; cherchons d’abord à “mieux faire” avant de s’occuper de “faire de la discipline” pour elle-même. Parlons à nos élèves de comportement et d’éthique, d’abord face à cet objectif premier : la qualité de leur investissement scolaire. Apprenons-leur à être davantage responsables d’eux-mêmes, offrons-leur comme proposé sur ce site des enjeux intellectuels forts, et même pourquoi pas à mieux penser, à penser plus haut (les higher order thinking skills américains trouveraient tout à fait leur place pour nombre des élèves de nos établis-sements classiques). Le reste viendra après, ou pendant (comme l’ont observé les éducateurs qui ont travaillé sur ces démarches, les choses se passent beaucoup mieux dans un contexte de grande estime de soi) : « travailler sur l'accompagnement des élèves, c'est travailler sur la discipline ».
Donc recentrons-nous et attachons-nous à l’élaboration de règles émanant résolument des exigences du travail, et non d’arbitraires surannés. « Toutes nos décisions et règles doivent être fondées. Et fondées sur la raison » (Chebbi, 2006). Nous serons au cœur de notre métier — le Socle commune stipule en effet à son chapitre 6 : « Les élèves devront être capables de jugement et d'esprit critique : savoir distinguer un argument rationnel d’un argument d'autorité. » —, et de notre efficacité. Celle-ci consiste bien davantage aujourd’hui à se poser des questions nouvelles sur la nature et l’organisation d’outils pour nos élèves qu’à restaurer des rituels mythifiés. Concernant la vie dans l’établissement, les retombées sont connues avec des élèves qui se sentent entendus et qui se sentent bien : remise au travail, investissement, rapports apaisés avec l’adulte, diminution des dégradations.
« L’éducation ne fonctionnera jamais plus sur le modèle de l’autorité à l’ancienne ; il faut donc trouver de nouveaux modes de transmission et de communication. L’école et la famille ont été très déstabilisées depuis trente-cinq ans, symboliquement depuis la Convention internationale des droits de l’enfant, c’est-à-dire depuis que l’on se représente l’enfant comme un sujet de droit. […] Cette libération des enfants se paie toutefois par une déstabilisation et une complexification des relations familiales et scolaires qu’aucune génération n’avait connues aussi vivement. Une famille ou une école qui fonctionne à la liberté et à l’égalité est une famille ou une école où rien ne va plus de soi, avec des droits des deux côtés, alors que l’éducation suppose bien une forme de dénivelé, entre éducateurs et éduqués, pour qu’il y ait transmission. Les appels incantatoires à la restauration de l’autorité […] demeureront vains. La démocratie n’est pas simplement un régime politique, c’est aussi un type de culture et de société.
Dans ce contexte, s’en est fini de la dimension charismatique, magique, qui nimbait l’autorité. »
(Alain Renaut, 2007)
Par ailleurs, ces approches bienveillantes sont bel et bien celles utilisées par Acadomia (« On croit au potentiel de chaque enfant »), et autres KeepSchool, qui ont tant de succès et souvent de réussite, pratiquant, justement, une écoute attentive et une personnalisation poussée.
Et il ne faudrait pas se méprendre. Contrairement à ce que l’on pourrait en effet lire hâtivement ou se persuader un peu vite à défaut d’une analyse argumentée, n’est ici nullement remise en cause la notion de “cadre”, du moins dans l’acception qu’en construit Jacques Nimier (p. 631 de son site). Elle est au contraire optimisée, comme illustré à la page Outils de l’accompagnement de ce site, avec cet objectif de l’efficacité et de l’investissement des élèves.
Pas plus que n’est remise en cause la notion d’autorité : les diverses situations présen-tées ici sont chacune le lieu pour l’adulte d’exercer une autorité éducative, sur des objectifs précis. En revanche, entre en jeu ici ce que Jean-Pierre Obin définit comme « une relation d’égalité en humanité, qui s’appelle l’égale dignité des uns et des autres, ou si vous voulez dans le langage des adolescents le respect mutuel. Et là, on a une relation non seulement égalitaire, mais symétrique et réciproque. L’enfant et l’adulte doivent se parler avec dignité. » (2007), démarche également définie par J.-P. Gaillard (2012). Rien n’empêchant alors l’adulte d’apporter au fil du temps des remarques à propos, par exemple, de la tenue des élèves…
Informations
Dominique Paviot
1969 - Élève-surveillant : introduit un système d’aide des 6e-5e lors des études du soir
1974 - Carrière dans le milieu sportif : professeur EPS, entraîneur ski alpin de compétition et formateur d’entraîneurs. Met en place des suivis personnalisés de jeunes dans le cadre de pratiques sportives intensives (ski, volley-ball, navigation).
1990 - Formation Responsabilité et mobilisation des ressources (R.M.R.). Pressent qu’une évolution se dessine au sein de la
classe adolescente, se forge la conviction qu’il y a peut-être d’autres approches pédagogiques à explorer.
1993 - Formation sur les dispositifs pédagogiques personnalisés et le multimédia (R.A.C.R.). Se spécialise alors dans l’individualisation des apprentissages.
1995 - Création et gestion de l’Atelier d’Accompagnement Scolaire : suivi d'écoliers et de collégiens en difficulté dans un dispositif en autoformation tutorée. Se confronte chaque jour à la difficulté scolaire et de compréhension, avec un impératif d’efficacité et de performance — et l’impossibilité déontologique d’en rendre les enfants responsables.
2000 - Direction des études en collège innovant : élèves en rupture et enfants précoces
2001 - Formations : intégration des technologies de l’information dans l’enseignement & accompagnement des élèves. Travail auprès de collégiens déscolarisés. Projet de classe-pilote pour enfants en difficulté et surdoués, puis de Pôle 16-21 heures en internat
2003 - Conseiller méthodologique en collège-lycée : conception et implantation de dispositifs d’étude du soir intégrant l’accompagnement des élèves. Coaching d’une équipe d’éducateurs en 4e-3e : mise au point et validation sur le terrain de “routines de pratique”. Formations : accompagnement à la scolarité. Interventions auprès d’équipes en collèges
2009 - Intégration d’un collège en tant que Conseiller principal d’éducation-responsable d’internat. Interventions auprès des enseignants, singulièrement aux prises avec les évolutions récentes de la classe adolescente
2012 - Quelque peu consterné par un système où des enseignants semblent s’évertuer à punir et/ou réorienter les élèves (voire s’en débarrasser par le biais d’exclusions), paraissant bien démunis pour les aider et tenter de résoudre leurs difficultés scolaires, travail sur un projet de Maison des Ados/Maison des Savoirs, d’après les travaux d’André Giordan et ceux de Bruno Devauchelle : lieu d’aide scolaire mais aussi d’ouverture sur le monde et d’émergence de projets
Remerciements
• Frédéric Chainot, éducateur, responsable d’internat, pour sa clairvoyance, l’énergie déployée. Les expérimentations menées n’auraient pu l’être sans lui.
• Les éducatrices et éducateurs qui ont pu participer de 2003 à 2007 à l'animation de ces dispositifs, avec les difficultés et problèmes rencontrés.
• Gilles Pesse, animateur, éducateur, formateur et coach. Soutien critique issu d’une autre histoire, m’a donné tout au long de mes (nos) projets le mieux que je puisse attendre d’un ami expérimenté.
• Michel Mayer, formateur, chef d’établissement, pour ses multiples apports et conseils, et sa solide croyance en nos fondamentaux.
• Ali Chebbi, avocat, enseignant, pour la finesse de ses analyses de l’institution.
• Jean-Marcel Le Pogam, pour sa grande perspicacité.
• Fabienne Quetin, pour nos analyses et travaux communs
• Alexandre Costa, pour son vécu et ses remarques, depuis l’intérieur.
Ce site est une réalisation de Dominique Paviot.
Mon propos est aujourd’hui de partager cette expérience-là, au sein d’un établissement tourné vers l’efficacité et souhaitant prendre à bras-le-corps la question de l’accompagnement de ses élèves.
« Nous sommes à la croisée des chemins… » (Jérôme Prigent, avril 2008)
Commentaire conclusif…
La récente réforme du collège a relancé d’une manière inattendue et avec quelque acuité une vieille querelle franco-française entre les tenants d’une expertise disciplinaire pour une part et d’autres qui seraient censés, ou accusés, de n’apporter aucune valeur à la connaissance. Outre le fait que l’on peut s’interroger à propos des références pédagogiques de nombreuses personnalités intervenant dans ce débat — ce n’est pas leur métier et leur argumentation ne peut alors s’appuyer que sur leur histoire personnelle et leurs croyances — il semble que tous ces brillants débateurs en oublient encore une fois quelques points essentiels.
D’abord que le monde a changé. Et avec lui d’une manière assez radicale depuis une vingtaine d’années le façonnement psychosociétal des adolescents — un premier indicateur en étant une distance marquée à l’égard de la chose scolaire (tout en saluant ici l’inventivité de certains enseignants pour accrocher les élèves), un second l’évolution de la relation à l’autorité.
Ensuite la question du métier d’élève : comment travaille-t-on, comment apprend-on, comment résoudre, hors en copiant sur le voisin, une difficulté rencontrée, et comment retrouve-t-on tonus et mordant pour ses études ? Or voilà bien une question qui paraît essentielle, puisque l’une de ses grandes vertus, comme le montre l’expérimentation tant en institution qu’en libéral, est précisément de relancer la machine chez le jeune. Et à ce sujet, qui devrait interpeller le système, il faut relever la stupéfiante profusion des officines de cours particuliers à domicile et de prestations diverses sur l’internet. Voilà qui devrait quand même interroger, alerter : comment se fait-il que l’on accorde si peu de place, d’importance, à tout ce qui relève de l’ingénierie pédagogique de l’accompagnement ?
Qui a aujourd’hui, donc, sa place à prendre entre savoirs et discipline. Et j’ajoute que s’occuper des élèves sur ce plan-là, c’est aussi faire de la discipline. C’est encore par là redonner à l’institution une dimension qu’elle semble avoir perdue aux yeux de nombreux adolescents. À moins qu’elle ait décidé que ce domaine ne relevait pas de sa mission — on reste en effet en France les héritiers d’une division napoléonienne entre enseignement d’un côté et discipline de l’autre. Mais la discipline n’est pas elle non plus concernée par ce point de l’apprentissage de la mission de l’élève, du “comment faire”.
D’où l’émergence soulignée aujourd’hui par la recherche d’un nouveau métier, en parallèle aux métiers préexistants de professeur et d’éducateur, celui de professionnel de l’élève, du travail scolaire et de l’apprendre. La simple dénomination d’accompagnateur scolaire est réductrice comme on a pu le constater dans le projet présenté : l’expérience montre en effet qu’il faut souvent aller puiser dans l’histoire de l’élève, dans son contexte et surtout dans ses projets, pour le faire progresser.
Témoignages
« Tu as fait un excellent travail ! En tant qu’ex-élève et futur étudiant, je peux dire que tu es la seule personne qui a su comprendre les nouvelles attentes, dans l’éducation, de l’adolescent qui a profondément changé en l’espace d’une quinzaine d’années […] et quelles sont les nouvelles pistes à chercher ou plutôt les nouveaux outils à utiliser afin de mieux aborder l’élève. »
Alexandre, ancien élève
« Il y a une très forte intelligence dans le projet que tu as mis sur pied. Je l’ai étudié cet été, je m’en suis inspiré pour mes élèves. »
Jérôme Donato, enseignant, Coordinateur
pédagogique des Premières
« Le professionnel est celui qui investit ses compétences, ses représentations, son temps, dans un projet avec des personnes. […] Tu as fait des choix, posé une politique éducative — jusque là absente ici, où n’il n’y a que des “zorros” de l'éducation. Ce ne sont pas des choix innocents. »
Jean-Marcel Le Pogam, enseignant EPS, pédagogue
« Quel remarquable travail ! Je suis d’accord totalement avec le fond de ton propos. Depuis vingt ans, ici, cela a toujours été comme ça : la coercition. Tu es le premier à avoir essayé d’apporter quelque chose, du nouveau, mais… »
Jean-Marie Millot, enseignant et délégué du personnel
« L’établissement n’a cultivé aucun lien entre les élèves. C’est l’individualisme forcené, les élèves entre eux, les classes entre elles. Je suis très déçu… Vos études différenciées que j’ai connues en Troisième ont été un réel bonus pour les élèves. »
Maximilien, ancien élève
« Il faut que les jeunes osent vivre leurs rêves jusqu’au bout ! Et toi en les accompagnant, tu leur donnes les outils et la force d’y arriver. C’est vraiment top ! L’éducation c’est extrêmement important ! On ne t’aura jamais assez remercié pour ce que tu fais. »
Bérenger, ancien élève